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    Dans un coin perdu de son enfance, il distingue l’arbre qui a donné son nom au village, avec ses rameaux tordus caressant la boue d'un chemin. Il voit les gros chevaux de trait remontant de la mare en lâchant quelques pets sonores. Il constate qu’il ne reste plus rien de la maison où il est né; Rien ! Que du terrain aplani pour les engins agricoles. Plus de trace ! Et pourtant il est passé ici, il y a même fait ses premiers pas. Il repense à ce mot « passage » quand on sent l’âge avancer pas à pas, quand on quitte le « pas sage » pour aller au « trop sage », quand on quitte l’enfance, l'enfance et ses peurs secrètes qui demeurent longtemps sous la peau des années. Au loin, très loin, il aperçoit le vieux chêne. Il est persuadé que, dès sa naissance, son regard s’est accroché aux arbres. Comme eux, il lève les bras vers le ciel, vers l’infini, le vrai mystère.

     


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  • Rien

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il y a toujours quelque chose derrière « rien ». C’est bien caché, ça ne veut pas sortir, ça se protège (ou ça nous protège ?). Souvent ce mot arrive très vite après une question du genre « À quoi penses-tu ? » ou « Que dis-tu ? » ou « Qu’est-ce que tu veux dire ? » ou « Qu’est-ce que tu as ? »…Rien ! Rien !

    C’est coupant, tranchant, on sait qu’on ne doit pas insister, peur que ça déborde, que ça nous dépasse, que ça aille trop loin, confidences à n’en plus finir, épanchements, pleurs, colères, pétage de plomb… et celui qui entend, qui écoute tout ça, qu’est ce qu’il en fait de tout ce « ça »? Il a l’air malin avec ce qui lui est mis sur les bras, sur le dos, dans la tête. Il est bien obligé de le garder quelque part, au moins pour un moment ! Ce n’est pas facile de s’en débarrasser en le confiant à quelqu’un d’autre, ça ne part pas comme ça, un coup d’éponge, un rinçage et hop ! Non ! Ce n’est pas rien, ça laisse des traces le rien qui se dévoile, se confie, se lache et s’abandonne.

    Alors que se passe-t-il quand on est confronté à ce mot qui nous est balancé ? La plupart du temps on laisse passer et on change de sujet, on parle de tout et de rien. Quand le rien est mélangé au tout ça passe tout seul, on le qualifie de « petits riens ». Ouf ! On l’a échappé belle ! Parce que lorsque l’autre dévoile son « rien » ça nous fait prendre conscience de notre « rien » bien caché chez nous aussi. On préfère entendre le rien de l’autre que livrer (délivrer ?) le sien.

    Attention, il ne faut pas confondre « rien » avec le silence. Le silence ce n’est pas rien. Après avoir demandé « Qu’est-ce que tu as ? », si l’autre ne dit rien, donc s’il ne dit pas le mot « rien » et qu’il garde le silence, c’est signe que quelque chose peut sans doute sortir, si on respecte cet instant. On a l’impression que cela dure longtemps et il peut faire peur ce silence pour celui qui l’entend car il gomme tout ce qui entoure : les bruits, les gens, les objets, le paysage…Il ne reste qu’un silence qui attend et qui sait qu’il va se passer quelque chose. Même si la personne en face de nous n’a rien à dire on sent bien qu’elle va le dire.

    « Le silence est comme l’ébauche de mille métamorphoses. » nous dit Yves Bonnefoy.


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  • En attendant...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je pourrais vous écrire

    un poème bien raisonnable

    chaque mot étant bien à sa place

    un poème qui marche au pas

    sur une musique alexandrine

    ça bouge à peine

    ça silence de mort

    ça s’efface et disparaît tout seul

    un poème pour oublier

    et s’endormir

    avec enjambements et ronflements

    un poème pour imbécile heureux

    je pourrais faire cela

    en attendant

     

    en attendant les larmes

    et la folie au bord du vide

    qui nous traverse sans crier gare

    en attendant la colère muette et blanche

     

    mais en attendant, moi, je rêve

     

    j’ai tant rêvé

    depuis longtemps

    comme un con que je suis

    rêvé d’un monde nouveau, accueillant

    tant rêvé

    partage, plaisir, reconnaissance

    humanisme, solidarité, liberté

    tous ces mots rêvés

    comme un con

    tout a disparu

    liberté du plus fort

    du plus puissant

    du plus riche

    ils écrasent tout

    à coup de talons

    de pognon, de pouvoir

    et nous, paroles étouffées

    et nous, fragiles, petits, pauvres

    écrasés

    comme des merdes

    comme des cons

    des poussières de cons

    imbéciles malheureux

    nus et sans masque

     

    avec quelle liberté ?

     

    en attendant

    bouffons

    aux poches pleines d’or

    et de belles promesses

    bouffons qui gouvernez

    même si vos yeux restent secs

    vous avez le bonjour

    des pyjamas rayés

    regard perdu entre deux squelettes

    des prisonniers allongés

    dans la boue et la fange

    des enfants disparus en Méditerranée

    des corps rampants

    entre les barbelés de vos frontières

    vous avez le bonjour

    de tous les invisibles

    des estropiés de la vie

    des naufragés du cœur

    et de toutes celles et ceux

    qui n’ont plus la force de gueuler

     

    bouffons qui restez

    dans l’illusion des choses

    vous verrez bientôt

    votre dernier soleil

    nous vous laissons vos carrosses

    vos limousines et vos châteaux

     

    en attendant

    avec mes sœurs et mes frères

    nous avons tout un monde

    à inventer

    il nous faut creuser un chemin

    hors de votre périmètre

    avant que la nuit se referme

     

    ce sera long, au début

    mais un jour

    croyez le bien

    d’un coup

    nous serons chez nous

    et vous n’y pourrez plus rien !


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  • J'ai rencontré...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Image par Glauco Gianoglio de Pixabay

     

     

    J’ai rencontré un poète

    il était posé au bord d’un rêve

    je me suis assis à ses côtés

    il s’est levé, m’a regardé

    il a balbutié à mon oreille indiscrète

    des mots enluminés

    qui ont tapissé ma journée

    de tendresse et d’amour.

     

    Chaque poète peut penser

    qu’il deviendra célèbre et sans doute immortel

    il devrait être conscient de l’importance

    et du poids des mots envers et contre tout

    mais en réalité les poètes

    servent à alimenter de leurs vers

    des récitations pompeuses

    dans les écoles ou les Ehpad

    et à remplir de leurs opuscules

    quelques étagères empoussiérées

    de bibliothèques et de librairies.

     

    J’ai aussi rencontré une flamme

    elle était chétive et tremblante

    comme un pauvre trésor oublié

    au fond d’un arbre creux

    je l’ai regardé, lui ai parlé, je l’ai caressé de mon souffle

    je lui ai offert mes soupirs et mes silences

    elle a repris vigueur, s’est mise à danser

    faisant disparaître la fumée qui l’enveloppait

    et tentait de l’étouffer.

     

    Puis j’ai rencontré la vie

    et j’ai eu beaucoup de chance

    pas forcément au début car je ne savais pas ce que c’était, la vie

    mais après, longtemps après, j’ai su ce qu’elle m’avait apporté.


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  • Quand...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Quand la peau du sable se plissera à chaque marée et que tous nos rêves seront remplis d’oiseaux

    Quand nous habiterons le regard des autres et que l’amour et la beauté nous paraitront sans limite

    Quand on sera ici, là-bas ou ailleurs, attendant que s’effacent nos traces pendant que des amis disparaitront dans les cendres

    Quand on se demandera si la joie peut encore nous surprendre

     

    Alors nous saurons qu’il nous reste

    quelque chose

    de calme et serein comme la mort

    avec de la vie tout autour

    qui parfois caresse ou éclabousse

    la vie avec ses rides ses tourbillons

    ses iles et ses phares

    ses rochers qui résistent tant bien que mal

    aux assauts incessants des vagues

    la vie et ses lents demains

    presque semblables

    mais toujours incertains.

     


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  • Je marche

     

     

     

     

     

     

     

     

    Longue plage de sable blanc.

    je marche

    un pied dans mes traces

    l’autre juste à côté

    le vent me pousse

    j’écarte les bras

    je souffle et chante avec les vagues

    je guette le silence infime

    quand elles arrivent

    tout au bout de leur écume.

     

    Je ferme les yeux

    je marche

    dans le souvenir de mes pas à venir

    vers un nouveau monde inventé

    je suis l’eau, le sable et le vent

    je suis le nuage sur l’écorce du ciel.

     

    Le temps qui passe me chatouille les orteils

    la lune me mange dans la main.

     

    Je marche

    au rythme de mes pensées.

     

    Des mots inconnus cherchent leur chemin

    dans le désordre alphabétique

    ils ont mis leur manteau d’arlequin

    ils sont beaux

    je ne les avais jamais entendu

    sont-ils wolof, gascon ou mooré

    quechua, picard ou aztèque ?

     

    Ils me donnent à voir, à entendre…

    la chanson de la mésange et de l’aubépine

    la route qui fume au premier soleil

    le vélo posé au bord du fossé

    l’écho accroché aux pentes de la montagne

    l’éclaboussement d’un rire d’enfant

    la balade pieds nus dans la rosée du matin

    le frémissement d’un rêve

    derrière le rideau de la nuit.

     

    Je marche

    piétinant mes inquiétudes.

     

    Sous un porche deux amants s’embrassent

    à l’abri de l’orage

    ils ne voient pas l’homme

    assis sur des cartons.

     

    Même s’il fait un temps

    à pencher du mauvais côté

    et à se regarder de travers

    je marche

    sous une pluie vivante

    cueillant des paroles abandonnées

    dans une saison obscure

    par tous les invisibles

    ceux qui ont quelque chose à dire

    en plus de leur silence.

     

    Je n’ai pas encore la force de l’oiseau

    quand il fait éclater son chant ensoleillé

    mais je veux entremêler tous les regards

    avancer vers un monde nouveau

    avec douceur et colère

    rage et impatience.

     

    Nous avons les mêmes étoiles

    sur la peau

    il est grand temps

    de partager nos lumières.

     


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  • On serait dimanche...

     

     

     

     

     

     

     

     

    On serait dimanche

    quand les matins s’allongent

    dans une odeur de café et de pain frais

    ce serait un jour où rien ne manque. 

     

    J’aurais acheté des fleurs

    à t’offrir seulement les jours où tu m’aimes

    j’aurais gardé un peu de chagrin

    pour te l’écrire entre les lignes.

     


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  • Enfance

     

     

     

     

     

     

     

    Enfance trempée de rosée

    secouée de larmes blanches

    ne sait plus où mettre les pieds. 

    Blottie sous l’oreiller du temps

    elle se souvient du vol étrange des nuages

    au dessus du marais de la mémoire.

    La vie s’écoule en terre étrangère. 

     

    Enfance muette auprès de l’arbre

    écoute le chant des rochers

    cherche une aventure au fond  de ses poches. 

    Elle se lève, marche les poings serrés

    il lui reste encore un peu de nuit

    pour recouvrir son visage.

    Et réveiller le jour. 

     

    Enfance arc en ciel

    laisse une empreinte parfumée

    à émietter aux quatre vents. 

    Elle avance à travers  les ratures de l’horizon

    sur la poussière rouge des sentiers

    ou les pierres moussues d’un ruisseau.

    Elle invente des jeux inépuisables. 

     

    Enfance bleue aux yeux de mystère

    n’oublie pas ses racines

    entre les bras innocents d’une balançoire. 

    Accrochée aux branches d’une histoire

    elle prend des chemins oubliés par les oiseaux

    se perd dans un ciel d’étoiles.

    Et la lune lui offre son chapeau. 

     

    Enfance abritée des regards

    danse sur les lignes blanches

    de la marelle. 

    Même si la porte reste ouverte

    elle n’aura peur de rien

    dans sa tête la lumière entrera

    un chien à ses côtés.

     


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    Un jour j’écrirai un poème

    qui aura pour titre « Renouveau »

    ou « Résistance », peu importe !

     

    Nous resterons un moment

    à l’ombre de nos solitudes

    regardant la lumière disparaître

    au creux de la nuit.

    La peur sera encore grise

    dans le désordre des maisons

    mais la lune

    fossoyeuse des idées molles

    nous tendra les bras.

    La voix de la forêt

    donnera l’heure juste

    aux oiseaux.

     

    Nous griffonnerons des mots simples

    chiffonnés depuis trop longtemps

    au bout de notre langue

    nous aurons des sourires

    appétissants.

    Nous rassemblerons nos silences

    et nos frayeurs

    nous en ferons un grand feu de joie.

    Nous danserons comme de vieux enfants

    se délivrant de leurs mensonges.

    Nous aurons la force de l’ouragan

    la douceur piquante des embruns.

     

    Puis nous nous embrasserons

    nous câlinerons, chouchouterons, cajolerons

    nous nous mignoterons avec délicatesse

    avant de recouvrir nos peaux

    de gel hydro-alcoolique.

     


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  • Questions

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Avec cette actualité, on n’arrête pas de se poser des questions qui ne sont jamais traitées dans « Le téléphone sonne » de France Inter ?

    - Christophe va-t-il rejoindre la longue liste des chanteurs morts, comme Charles Aznavour, Renaud, Anne Vanderlove, Françoise Hardy, Marie Laforêt, Mireille Mathieu, Michel Sardou, Claude François, Florent Pagny…etc ?

    - Et bien voilà, c'est fait, Christophe a été emporté dans le courant de ses "maux" bleus.

    - Est-ce que je vais recommencer à fumer si je ne meurs pas du coronavirus ?

    - Oui ! des cigares !

    - Y a-t-il encore des bombardements en Syrie…?

    - Quelques tentatives de cessez le feu, mais le plus souvent, dans les régions en guerre, le covid19 arrive comme une double peine pour les populations.

    - Castaner va-t-il accepter des manifestants avec un masque de protection ?

    - Non ! Mais on descendra quand même dans la rue pour que ce monde change vraiment.

    - Les habitants de Gaza sont-ils encore plus confinés maintenant avec la crise du coronavirus ?

    - La population de Gaza sait comment faire face aux crises existentielles. Personne n’a dévalisé les magasins pour faire des réserves. Les gens ont grandi avec des couvre-feux, et la solidarité et la créativité ont toujours eu une valeur particulière. "Il est maintenant presque plus facile pour nous de faire face à cette situation peu familière que pour vous, Européens", déclare l’avocat Sharhabeel Al Zaeem. "Mais en vérité, c’est plutôt triste d’en être là." article de Alexandra Senfft (UJFP)

    - Si les médicaments pour soigner le paludisme sont efficaces contre le coronavirus, quand seront-ils vraiment efficaces contre le paludisme ?

    - S'ils soignent efficacement le Covid19, tant mieux pour les Africains car ils ne risquent pas la pénurie !

    - Pourquoi je ne crois pas ma banque lorsqu’elle me dit dans son dernier message : « prenez soin de vous » ?

    - Je ne crois pas mieux mon assureur, Enedis, Orange, ...

    - Pourquoi nos politiques et nos économistes parlent-ils du monde d’après maintenant alors qu’ils n’ont qu’une idée en tête : revenir au monde d’avant ?

    - Je sais pourquoi...

     


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