• La nuit promet d'être belle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    "Échappé de la poubelle des cieux..."

    quelque chose est "tombé du ciel"

    de l'inattendu derrière un nuage

    de la lueur au fond de la caverne

    une éclaircie dans les apparences

     

    la vie a perdu ses barbelés

    l'amour est un miracle

     

    nous allons faire chanter nos corps

    nous rouler dans la boue

    jouir dans des prairies fumantes

    caresser la chevelure des arbres

    nous ne serons pas très raisonnables

    avec nos cheveux blancs et nos culs fripés

    nous rendrons grâce à Ève

    d'avoir croqué la pomme

    de nous avoir fait découvrir le péché

     

    nous aurons des rires qui dégoulinent

    entre nos orteils

    et nous aurons le soleil dans nos poings fermés

    nous brûlerons les vieilles nippes du monde

    nous renverserons les montagnes indécentes du fric

     

    nous garderons un sang rouge dans nos veines

    pour repeindre la terre d'un bleu ardent

    libre et fraternel

     

    … la nuit promet d'être belle…

     

    au petit matin nous nous endormirons

    la tête posée sur l'oreiller du vent

    nous nous réveillerons peut être morts

    comme toi l'ami Jacques

    mais nous aurons connu la joie.

     

    écrit le samedi 7 avril 2018, en écoutant plein pot quelques très belles chansons d'Higelin

    alors que Charles Aznavour n'est pas encore mort !

     

     

    "Pars!"


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    Matin de soleil froid. On aurait fini par s'habituer aux jours de pluie et de grisaille.

    Ils sont tous les deux dans leur jardin. Lui, casque sur les oreilles, une tronçonneuse dans les mains. Elle, tient une corde noire accrochée à un arbre. Un prunier. Pour le guider dans son dernier balancement.

    Bruit de moteur. Une entaille du côté de la chute. La sciure vole sur les vêtements. La corde se tend. Un craquement. L'arbre est tombé. Terminé. Finie la fabrication d'eau de vie de prunes avec l'ami Max.

    L'homme et la femme se regardent. Hésitations de la pensée sur le bleu d'un ciel d'hiver.

    Que se passe-t-il juste avant le grand silence ?

    Après, on sait : on sera comme ce morceau de bois mort couché dans l'herbe et qui finira dans le feu.

    Mais avant, juste avant ?

    Entendrons-nous un bruit, un souffle, un murmure, quelque chose d'infime qui nous indiquera que c'est le moment ?

    Ou bien serons-nous comme l'arbre, basculant brusquement de vie à trépas.

    Mais gardant encore nos racines enfouies au profond de la terre, comme traces invisibles de notre passage.

    Pour accompagner la lecture  :

     

    (Haiku de Stefano Guzzetti)

     


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    Moi je suis pas un intellectuel, j'aime bien comprendre tous les mots que j'entends. Les intellectuels ils me foutent la trouille ou je sais quoi. Avec toi Johnny, je comprends tout, même si t'étais plutôt du genre  mec qui sait pas parler et qui dit trois conneries à la minute. Mais avec toi Johnny je pouvais chanter à tue tête sur ma mobylette "Les portes du pénitencier bientôt vont se refermer". Je disais que j'allais y finir ma vie ! C'était chouette et j'étais persuadé que personne m'entendait ! J'étais con, comme toi, mais j'étais jeune, juste quatre ans de moins que toi.

    Dans mon lit je rêvais d'être un charpentier, d'épouser une jolie Marie, je me réveillais tout mouillé de larmes ou de je sais quoi. Ah je les retiens ces nuits ! Je m'imaginais tout en cuir sur une scène, les filles à mes pieds et moi dégoulinant de sueur ou de je sais quoi.

    Maintenant me voilà déguisé dans la rue, en vieux rebelle, à faire le con dans une bagnole, devant des gens qui rigolent de ma gueule ou de je sais quoi… je sais bien ce qu'elle a ma gueule, c'est moi qui l'ai faite à coups d'années prises dans le buffet, des années noires c'est noires, parfois grises ou même certaines un peu colorées quand j'avais des envies de chanter un hymne à l'amuuur… Bon, d'accord je payais pas autant d'impôts que toi et j'ai jamais essayé de planquer mon pognon ou je sais quoi en Suisse, j'ai jamais voté comme toi non plus mais je me demande si j'ai pas en moi quelque chose de toi Johnny alors qu'aujourd'hui toi t'as oublié de vivre. Qui c'est qui va allumer le feu maintenant ? Qui ? C'est pas la Carla Bruni à l'autre secoueur d'épaule ! Il est où le bon vieux temps du rock and roll ?

    Allez, assez de regrets sur ces tendres années ! Alors je te dis Ah que salut Johnny, t'es pas encore tout à fait un chanteur abandonné !

    Un fan un peu fané 

     

     PS (rassure-toi ça veut pas dire parti socialiste) : Et Charles Aznavour qu'est pas encore mort ! Qu'est-ce qu'il attend ce con ?

     

    Si vous voulez un peu de musique pour accompagner  (mais attention, c'est que de l'instrumental, c'est à vous de chanter....)

     

    Extrait du "Pénitencier" - karaoké instrumental vol V


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  • Une femme

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'est l'histoire d'une femme. Elle habite un pays rempli de moutons et de mots débordants de consonnes.

    Elle est brune, grande et très maigre. Elle marche vite, avec ses lunettes noires et ses petites chaussures trempées. Elle voudrait aller encore plus vite mais il y a les autres qui grimpent cette colline verte et humide. 

    La brume cache le soleil. Les talons s'enfoncent dans le sol boueux. On regarde au loin, derrière les arbres, à la recherche d'un sentier un peu plus sec. On s'arrête un instant sur le bord d'un lac. Il y a de petits bancs de bois autour d'un reste de feu. Elle essuie ses pieds nus avec un mouchoir en papier, puis repart.

    Elle dit : "Je suis terrifiée par la vie, ça me réveille la nuit". Elle dit ces mots avec sa voix un peu couverte par les larmes. Un sourire envahit son visage mais c'est un sourire immensément triste, un sourire de politesse désespérée, un sourire figé avec des yeux rouges.

    Elle dit : "A quoi ça sert tout ce qu'on fait entre la naissance et la mort, du matin au soir, tout ce qu'on fait avec ce corps ? Oui, je sais, je ne vois que le négatif, toujours, On n'arrête pas de me le dire."

    Elle dit cela en marchant. On voudrait la suivre, la retenir, la prendre dans nos bras.

    Mais elle n'est pas sur le même chemin que nous.

    Et son sourire est une morsure.

     

    Version audio :

     

    Extrait de "Arabian girl" de "Oasis de détente"

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  • Dis-moi l'oiseau

     

    Dis moi l'oiseau

    toi qui connais la solitude du vent

    et la parole tremblante de la nuit

    toi qui accroches ton chant

    aux feuilles de l'arbre mort

    toi qui tournes et voles sans fin

    et te relèves de tous les hivers

    est-ce que tu dors dans ton ciel

    quand l'enfant vole les nuages

    et joue à cache cache avec la pluie ?

     

    Dis moi l'oiseau

    que vois tu dans l'œil du phare

    pendant que les naufragés, les oubliés

    se noient dans nos mirages ?

     

    Dis moi l'oiseau

    devons nous redouter

    la douceur de tes plumes

    ou peux-tu nous aider

    à faire que nos mots

    ne se cognent plus

    contre les murs ?

     

    Version audio :

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  • La mer ? Tu la vois ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La mer

    Tu la vois ?

    Avec son calme et sa couleur d'horizon.

     

    Elle roule avec le vent, dévore nos mensonges et met nos fragiles solitudes sous tutelle. Elle étale sa tendresse sur le sable blanc, écarte ses jambes chargées de mousse.

     

    La mer

    Avec la force et le galop de ses vagues.

     

    Qu'il ferait bon se cacher sous ses jupes ambrées loin des chagrins inutiles, s'endormir et rêver d'une nouvelle étoile sur nos jeunesses retrouvées.

     

    La mer

    Avec ses colères et les pétales blancs de ses voiles.

     

    On rangerait pour toujours couteaux et fusils au fond d'un grenier, oubliant massacres, tueries, calculs et complots. On parlerait d'amour et de liberté, d'égalité et de justice, d'accueil et de fraternité, d'espoir.

    Nous serions des hommes qui ne marchent plus dans le sang des autres.

     

    La mer

    Avec ses flots tremblants où scintillent les voyages.

     

    On oublierait les briseurs de (g)rêves, les naufrages vertigineux et les ailes repliées de la mort quand la nuit promène sa douleur.

    On attendrait le soleil afin de pouvoir cueillir "un de ces fils d'or pour ourdir nos journées"(1).

     

    La mer

    Je la vois. Elle est en moi.

     

    Elle fait danser le ciel et invente la lumière.

     

    (1) Marceline Desbordes-Valmore

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    Faudra-t-il attendre

    que notre cœur bouillonne

    que notre sang frissonne

    que la nuit ait perdu

    ses beaux yeux sombres

    dans le creux des vagues

    pour apercevoir l'enfant

    torse nu au sommet d'un rocher

    rire comme un fou

    marcher dans des friches océanes

    piétiner les roses de nos jardins trop sages

    et crier face à la tempête

    des mots que l'on ne peut comprendre

    embourbés que nous sommes

    dans le foutre de nos mélancolies ordinaires.

     

    Il suffirait sans doute

    de tripoter les mots

    de les faire jouir

    de leur ouvrir des marges

    Il suffirait

    d'arracher les brisures de nos rêves

    de renoncer à tout posséder, à tout connaitre

    et ne garder que l'inutile.

     

    On pourrait alors

    se coucher dans l'herbe

    caresser la main du vent

    On pourrait

    écouter frémir les bourgeons

    dans le secret d'un buisson

    On pourrait

    laisser nos valises

    au milieu du chemin

    On pourrait

    inventer quelque chose

    d'absurde, de mystérieux

    une histoire

    pleine de bateaux et d'oiseaux

    de sourires et de cascades

    de traces et de sable

    une histoire

    à revivre.

     

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    Le temps est nu

    le jour se déshabille

    les chiens ne sortent plus

    le brouillard pèse sur les épaules de la forêt.

     

    Le silence des pierres emplit nos chemins.

     

    On attend des mots qui ne viennent pas

    enfermés, ligotés sur la langue de nos secrets.

     

    On contemple les terrains vagues

    cherchant un jardin derrière les visages

    un jardin d'ombres douces

    accroché aux branches d'une flamme

    d'un blanc étrange.

     

    C'est l'heure de regarder les yeux de la nuit

    sur les trottoirs inondés par nos reflets.

     

    Le ciel a mis son chapeau de pluie

    dans nos rêves d'étoiles tremblotantes.

     

    On est cette lumière presque morte

    qui réchauffe encore un peu

    les couleurs de la vie.

     

    Pour accompagner la lecture :

     

    Liz story -In a sentimental mood (extrait)


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  • Nous dansons

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      

     (Dessin de Claire Fauchard)

     

    Nous dansons

    Farandole blanche de la sève

    à la lisière d'un nuage.

     

    Aventuriers de l'horizon

    passagers clandestins d'un temps découvert

    piaillant des paroles inutiles

    égrenées dans la vase

    de nos pensées.

     

    Nous dansons

    à la recherche d'un réel

    insoupçonné

    d'un rêve qui se ferait marin

    tout au bord d'un naufrage

    étirant le voile de la nuit.

     

    Nous attendons que l'aube tressaille

    nous la cueillerons

    la nommerons poème

    mais n'en serons pas très sûrs.

     

    Nous inventerons des mots

    qui tirent la langue

    des mots repliés en boule

    sous la robe des vagues.

     

    Des mots qui osent dire je t'aime

    au souffle du vent.

     

    Pour accompagner la lecture :

    "Tokka" de Agnès Obel - Aventine

     

     


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  • La vie...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je voudrais écrire des choses faciles : la douce tiédeur d'un lit, les promesses tranquilles autour de la table, l'allure paisible d'un bateau et la blancheur des vagues… mais un jeune enfant blond n'en finit pas de lancer un avion en papier qui s'envole et retombe toujours aux quatre coins de l'absence.

     

    La vie glisse, n'en finit pas de glisser au fond  de sa crevasse, puis elle disparaît au creux des ténèbres. Libérée  -il parait-, l'âme abandonne le corps comme un vieux sac. Vide.

     

    Quelqu'un est passé parmi nous et nous avons vieilli soudainement. Un homme a tourné le dos aux rayures du ciel. Le jour s'est retiré de ses yeux. On devine son sillage dans l'immense tendresse du crépuscule. Nous continuerons à vivre en grelottant.

     

    Tombe la nuit sur la falaise de glace, tombe la nuit et ses questions sans réponse. Dehors le vent fait claquer les volets. La lune s'impatiente. Pourra-t-elle encore agrandir nos rêves ?

     

    Souriez, souriez donc nom de dieu ! La vie recommence sans faim. La vie danse comme une évidence dans ce pays, sans ombre, sans éclat.

     

     

    Pour accompagner la lecture :

    Gymnopédie n°2, Satie, piano Marcela Rogieri

     

     


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