• La vie...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je voudrais écrire des choses faciles : la douce tiédeur d'un lit, les promesses tranquilles autour de la table, l'allure paisible d'un bateau et la blancheur des vagues… mais un jeune enfant blond n'en finit pas de lancer un avion en papier qui s'envole et retombe toujours aux quatre coins de l'absence.

     

    La vie glisse, n'en finit pas de glisser au fond  de sa crevasse, puis elle disparaît au creux des ténèbres. Libérée  -il parait-, l'âme abandonne le corps comme un vieux sac. Vide.

     

    Quelqu'un est passé parmi nous et nous avons vieilli soudainement. Un homme a tourné le dos aux rayures du ciel. Le jour s'est retiré de ses yeux. On devine son sillage dans l'immense tendresse du crépuscule. Nous continuerons à vivre en grelottant.

     

    Tombe la nuit sur la falaise de glace, tombe la nuit et ses questions sans réponse. Dehors le vent fait claquer les volets. La lune s'impatiente. Pourra-t-elle encore agrandir nos rêves ?

     

    Souriez, souriez donc nom de dieu ! La vie recommence sans faim. La vie danse comme une évidence dans ce pays, sans ombre, sans éclat.

     

     

    Pour accompagner la lecture :

    Gymnopédie n°2, Satie, piano Marcela Rogieri

     

     


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  • En attendant

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     (tableau de Gallen-Kallela : lac Keitele)

     

    Arbres dressés

    parmi les herbes tremblantes

    chemins endiablés

    qui dansent sous nos pieds

    sauvage félidé à bout de souffle

    mais encore indompté

    sourire sans épines

    devant l'oiseau

    aux ailes dépliées.

     

    Bon voyage les amis

    dans le grand océan du ciel

     

    je vous rejoindrai

    sur le sentier des vagues

     

    je laisserai trainer mes pas

    sur le seuil de vos nuits

     

    j'irai barbouiller tous les miroirs

    en flagrant délit de mensonge.

     

    En attendant

    j'emmerde la mort

    et son éternité incertaine.

    - - -

    Pour accompagner la lecture :

     

    Clotilde Rullaud, extrait de The Walk after Pie Jesu from Maurice Duruflé (In extremis)


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  • J'habite un pays

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    J'habite un pays visité par le soleil

    un pays de grands chemins et de forêts aveugles

    un pays de ciel et de vent

    où la lumière n'en croit pas ses oreilles.

     

    Les étoiles défilent

    dans une nuit douce et tiède

    qui frémit comme un oiseau apeuré

    à deux pas du bonheur.

     

    Mon pays s'ouvre à l'éphémère

    au frémissement du sang fou

    dans nos bras émerveillés.

     

    Une voix fragile nous appelle

    à partager le pain de la mémoire

    sur une table recouverte

    par le silence de l'arbre.

     

    Il n'est pas encore né

    celui qui claquera la porte

    sur les doigts de nos rires.

     

    Version audio :

     

    Extrait de "Beast" par Agnes Obel (Philarmonica)


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    On solde.

    Ça piétonne, ça tamponne, ça bastonne

    ça cogne et ça clé à molette

    la pierre tremble sous nos pieds

    un feu noir entoure la ville

    le jour s'enroule sous les pavés

    nos pas résonnent dans les rues de briques

    l'inconnu nous dévore

    bruit métallique

    drapeaux déchirés

    aux fenêtres grillagées d'un mirage

    et tous ces gens qui s'ignorent

    sous le soleil.

       

    On solde.

    On entend les rêves brisés

    comme un secret sur la page

    la lune est lasse

    des chiffres s'opposent

    en courbes et portes closes

    dérive de la foule

    aux yeux secs

    il nous faut traverser le temps

    de la fureur

    avec nos mèches rebelles

    et nos oreilles de rockeurs.

      

    On solde.

    Une volée de parapluies

    une femme tango

    et son regard rouge

    pour démêler les lignes

    sous la profondeur de la peau

    une princesse de la rue

    à chavirer le cœur et le corps

    un bout de sein qui se glace

    des chaussures vernies

    une musique allongée sur beau parleur

    à fond le bouton volume

    vider toutes les bouteilles

    entre deux déchirures du ciel.

     

    On solde.

    J'achète.

     

    Version audio :

     

    "And she was" des Talking heads

     

     

    Photos de quelques œuvres de David Moindron,

    exposées au "garage", maison de la presse, Les Herbiers (85) -avril 2016

    Cliquer sur l'image pour la voir en grand format.

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  • "Une tête de coin de rue"


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  • Je veux une vie en forme...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je veux une vie en forme de poire

    sur la tête d'un clown

    (triste, le clown)

    avec une petite larme bleue

    qui coulerait sur sa joue trop blanche.

     

    Je veux une vie en forme de verset satanique

    de chant du départ

    de poème à chanter

    à tue-tête et à cloche pieds.

     

    Je veux une vie qui monte les escaliers

    espérant trouver tout là-haut

    une très belle femme

    blonde

    non

    pas blonde

    mais nue

    ce serait bien si elle était nue

    ou presque nue.

     

    Et puis non je suis trop vieux

    pour avoir une vie comme ça

    et surtout pour monter les escaliers.

     

    Ce serait mieux si ma vie

    était en forme de chat

    qui ronronne devant sa boite de croquettes

    miaule en se frottant

    le long des jambes des femmes…

    … les femmes, voilà que ça revient

    toujours les femmes !

     

    Finalement, je voudrais une vie

    en forme de femme

    mais je pourrais ronronner un peu

    en caressant le chat

    et avoir deux ou trois larmes bleues

    sur une peau très blanche

    et aussi un nez rouge

    et j'écouterais la pluie tomber

    tout en haut d'un escalier

    et je me blottirais entre les draps

    qui sentiraient la violette

    et je fermerais les yeux…

     

     Version audio :

     

     

    Extrait de "canon in D" de Erik Satie

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  •  Chemin d'exil

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Marcher avec la vie qui pèse (*)

    dans la neige

    comme un étranger

    cherchant la vérité improbable

    derrière une frontière.

     

    Fuir les corbeaux

    leur gueule en feu

    le rugissement noir de leurs ailes

    leur insolence en équilibre sur les rochers.

     

    Marcher avec cette lumière longue et verte

    frémissant à chacun de nos pas

    danser avec la nuit

    s'aventurer dans un temps

    qui ne dort que d'un œil.

     

    Quitter les autoroutes, refermer les écrans

    secouer la poussière des souvenirs

    rassembler tous nos sanglots

    les jeter à la mer

    cheminer sur l'écume blanche de la page.

     

    Marcher

    avec pour tout bagage un poème

    chercher l'élégance d'un verbe

    palpitant sous la cendre

    grandir avec le vent

    qui tranche nos racines.

     

    Marcher

    dans un jardin d'herbe et d'oiseaux

    en espérant découvrir

    l'insignifiance d'un coquelicot

    seul parmi les pierres.

     

     (*) À partir d'un vers de René Guy Cadou :"Je marche ce matin avec ma vie qui pèse."

     

    Version audio : 

     

     

    Extrait de "Ibn El balad" par l'ensemble musical de Palestine. 

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    Les mots 

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sans qu'on les attende ils sont tombés

    au beau milieu de notre silence.

    On les découvre dans leur manteau de terre

    abandonnés parmi des choses sans importance.

    On se dit qu'il va pleuvoir

    qu'une tempête va souffler

    ils vont disparaître.

    Mais rien ne se passe.

    Ils sont dans le froid de l'abandon.

     

    On s'arrête un long moment

    devant la douce rumeur du temps

    les yeux accrochés par un vol d'oiseaux noirs.

     

    Quand viendra-t-elle la nuit ?

    On n'en sait rien.

    Elle finira bien par arriver

    avec des rêves de lumière au fond de sa valise

    de la poésie plein les oreilles

    des parfums d'herbes folles

    de pain d'épices

    et du vin jaune et tremblant

    plus soûlant qu'une vieille lune.

     

    Alors on reste là, immobile et nu

    dans cette évidence

    parmi les mots éparpillés

    sur la peau blanche d'un chemin

    à inventer.

     

    Version audio

     

    "Tokka" de Agnès Obel (album Aventine)

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  • Lettre au temps qui passe

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Donne moi un peu de toi.

    Laisse moi creuser les fossettes d'une ancienne nostalgie dans le brouillard poussiéreux de mon grenier.

    Laisse moi rejoindre le chemin invisible d'un pays rempli de vents et de marées, avec le basculement d'un ciel dans une minuscule flaque d'eau salée.

    Laisse moi me faufiler sous les branches basses d'un arbre centenaire pour caresser la nuit noire et moussue et lancer quelques mots en ricochet sur le sable fin d'un voyage oublié.

    Laisse moi tourner les pages d'un calendrier inachevé et me retrouver seul, nu et désemparé devant une porte mystérieuse ne sachant s'il faut la pousser ou la tirer.

    Laisse moi me vider comme un poulet, étaler mes tripes sur le plancher, entrer en clandestinité, faire fausse route, arpenter collines et vallées sans cartes et sans boussole, me perdre puis me retrouver comme un vieil homme dans un pré avec trois chèvres blanches et un chien de berger.

    Laisse moi parler de choses et d'autres en toute amitié, donner quelques coups de ciseaux dans la chevelure du passé, regarder la terre à mes pieds, marcher sans savoir où aller.

    Laisse moi.

    Et donne moi encore un peu de toi à grignoter.

     

    Version audio :

     

    "4 Broken hearts" de Norah Jones (A very special acoustic)

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  • Mon chemin c'est le silence

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    "No bold villain" de Timber Timbre pour accompagner la lecture :

     

     

    Il en faut du silence pour écouter le sable

    poser nos pas sur les rochers

    comme sur des pierres tombales

    rester pétrifié devant l'homme qui marche

    et réciter des poèmes à la lune

    à l'enfance et à la folie

     

    rien n'est immobile dans la lumière

    quand nous ouvrons les rideaux de la cage

    quand la parole se couche à nos pieds

    pour se faire caresser par le soleil

    avant qu'il ne disparaisse

    laissant place à l'ombre

    et au murmure de la poussière

     

    des cordes se nouent, se dénouent

    et s'effilochent

    nos pensées sont volages

    ne s'accrochent plus à rien

    nous lançons au loin nos soucis, nos tracas

    en espérant qu'un con de chien

    n'aura pas l'idée de nous les rapporter

     

    elle peut venir la nuit

    avec ses larmes noires

    car nous savons que demain

    nous monterons sur les toits

    pour dormir au soleil

    comme les chats.

     

    Notre chemin sera en équilibre

    entre le silence

    et le feu.

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