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    Matin de soleil froid. On aurait fini par s'habituer aux jours de pluie et de grisaille.

    Ils sont tous les deux dans leur jardin. Lui, casque sur les oreilles, une tronçonneuse dans les mains. Elle, tient une corde noire accrochée à un arbre. Un prunier. Pour le guider dans son dernier balancement.

    Bruit de moteur. Une entaille du côté de la chute. La sciure vole sur les vêtements. La corde se tend. Un craquement. L'arbre est tombé. Terminé. Finie la fabrication d'eau de vie de prunes avec l'ami Max.

    L'homme et la femme se regardent. Hésitations de la pensée sur le bleu d'un ciel d'hiver.

    Que se passe-t-il juste avant le grand silence ?

    Après, on sait : on sera comme ce morceau de bois mort couché dans l'herbe et qui finira dans le feu.

    Mais avant, juste avant ?

    Entendrons-nous un bruit, un souffle, un murmure, quelque chose d'infime qui nous indiquera que c'est le moment ?

    Ou bien serons-nous comme l'arbre, basculant brusquement de vie à trépas.

    Mais gardant encore nos racines enfouies au profond de la terre, comme traces invisibles de notre passage.

    Pour accompagner la lecture  :

     

    (Haiku de Stefano Guzzetti)

     


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    Moi je suis pas un intellectuel, j'aime bien comprendre tous les mots que j'entends. Les intellectuels ils me foutent la trouille ou je sais quoi. Avec toi Johnny, je comprends tout, même si t'étais plutôt du genre  mec qui sait pas parler et qui dit trois conneries à la minute. Mais avec toi Johnny je pouvais chanter à tue tête sur ma mobylette "Les portes du pénitencier bientôt vont se refermer". Je disais que j'allais y finir ma vie ! C'était chouette et j'étais persuadé que personne m'entendait ! J'étais con, comme toi, mais j'étais jeune, juste quatre ans de moins que toi.

    Dans mon lit je rêvais d'être un charpentier, d'épouser une jolie Marie, je me réveillais tout mouillé de larmes ou de je sais quoi. Ah je les retiens ces nuits ! Je m'imaginais tout en cuir sur une scène, les filles à mes pieds et moi dégoulinant de sueur ou de je sais quoi.

    Maintenant me voilà déguisé dans la rue, en vieux rebelle, à faire le con dans une bagnole, devant des gens qui rigolent de ma gueule ou de je sais quoi… je sais bien ce qu'elle a ma gueule, c'est moi qui l'ai faite à coups d'années prises dans le buffet, des années noires c'est noires, parfois grises ou même certaines un peu colorées quand j'avais des envies de chanter un hymne à l'amuuur… Bon, d'accord je payais pas autant d'impôts que toi et j'ai jamais essayé de planquer mon pognon ou je sais quoi en Suisse, j'ai jamais voté comme toi non plus mais je me demande si j'ai pas en moi quelque chose de toi Johnny alors qu'aujourd'hui toi t'as oublié de vivre. Qui c'est qui va allumer le feu maintenant ? Qui ? C'est pas la Carla Bruni à l'autre secoueur d'épaule ! Il est où le bon vieux temps du rock and roll ?

    Allez, assez de regrets sur ces tendres années ! Alors je te dis Ah que salut Johnny, t'es pas encore tout à fait un chanteur abandonné !

    Un fan un peu fané 

     

     PS (rassure-toi ça veut pas dire parti socialiste) : Et Charles Aznavour qu'est pas encore mort ! Qu'est-ce qu'il attend ce con ?

     

    Si vous voulez un peu de musique pour accompagner  (mais attention, c'est que de l'instrumental, c'est à vous de chanter....)

     

    Extrait du "Pénitencier" - karaoké instrumental vol V


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  • Une femme

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'est l'histoire d'une femme. Elle habite un pays rempli de moutons et de mots débordants de consonnes.

    Elle est brune, grande et très maigre. Elle marche vite, avec ses lunettes noires et ses petites chaussures trempées. Elle voudrait aller encore plus vite mais il y a les autres qui grimpent cette colline verte et humide. 

    La brume cache le soleil. Les talons s'enfoncent dans le sol boueux. On regarde au loin, derrière les arbres, à la recherche d'un sentier un peu plus sec. On s'arrête un instant sur le bord d'un lac. Il y a de petits bancs de bois autour d'un reste de feu. Elle essuie ses pieds nus avec un mouchoir en papier, puis repart.

    Elle dit : "Je suis terrifiée par la vie, ça me réveille la nuit". Elle dit ces mots avec sa voix un peu couverte par les larmes. Un sourire envahit son visage mais c'est un sourire immensément triste, un sourire de politesse désespérée, un sourire figé avec des yeux rouges.

    Elle dit : "A quoi ça sert tout ce qu'on fait entre la naissance et la mort, du matin au soir, tout ce qu'on fait avec ce corps ? Oui, je sais, je ne vois que le négatif, toujours, On n'arrête pas de me le dire."

    Elle dit cela en marchant. On voudrait la suivre, la retenir, la prendre dans nos bras.

    Mais elle n'est pas sur le même chemin que nous.

    Et son sourire est une morsure.

     

    Version audio :

     

    Extrait de "Arabian girl" de "Oasis de détente"

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