•  La peau du temps

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vieux, très vieux

    peau creusée par le temps

    peau flasque qui s’écroule

    se souvient

    de tout ce qui a été dévoré

    par les chiens au fil des années.

     

    Vieux, très vieux

    avec des mots tordus

    mort-murés

    dit des choses qui inquiètent

    oblige à regarder la mort

    exactement

    précisément notre mort

    qui se tient sur le seuil.

     

    Regardez-le

    un souffle

    et il s’envole

    dans la lumière ou l’obscurité

    on ne sait pas

    on ne saura jamais.

     

    Pleurez si vous voulez

    si vous pouvez

    larmes ou caresses

    ne changeront rien

    il y aura des soirs

    il y aura des matins

    anéantis

    engloutis.

     

    En rire

    encrer encrier

    écrire la nuit avenir

    ravalement de façade

    mais voir les oiseaux

    se fracasser sur nos vitres

    teintées d’inconscience

    abandonner les mots insignifiants

    jeter la parole

    sur des sentiers impraticables

    ici ou ailleurs

    quelque chose de noué

    dans la gorge

    langue étrangère

    noyée en mer des sarcasmes.

     

    Et aussi, aussi

    nous serons nus

    sans autre peau que la colère

    colère de passage

    attrape nigauds

    immense chagrin

    dans les yeux bleus

    d’un ciel sauvage.

     

    Mais surtout, surtout

    nous pourrons peut-être

    chanter dans les cimetières

    mariner entre les tombes

    en compagnie des particules

    entre jouissance et mélancolie

    partager la folie du vent

    sur nos épaules

    endormies

    en ouvrant les plis de nos rêves.

     

    Et encore, encore

    même si l’improbable est certain

    il sera toujours temps d’apprendre

    le sable et la vague

    la cicatrice et la plaie

    l’ombre et le feuillage

    la pluie et le sanglot

    la mort et l’horizon

     

    Et puis enfin, enfin

    une vieille femme dans la neige

    ses yeux comme deux lacs verts

    l’aube dans ses cheveux.

     

     

    "Nuages" de Django Reinhardt


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  • Je vous parle... 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je vous parle d’Aznavour (Shahnourh Varinag Aznavourian)

    de Tristan Tzara, de Zinedine Zidane, de Fernando Arrabal,

    de Tahar Ben Jelloun, de Tcheky Kario, de Rachid Taha,

    de Django Reinhardt, de Leïla Slimani.

    Je vous parle de tous ces français avec des noms étranges

    de la dernière chronique de François Morel sur France inter

    et d’Annie Cordy (Léonie Cooreman) qui n’est pas encore morte.

     

    Je vous parle de tout ce qui se mélange

    des courants d’air entre deux portes

    des douces chaleurs de l’automne

    des dernières guêpes dans nos assiettes.

     

    Je vous parle de ce qui va trop vite ou trop lentement

    de l’orgueil des hommes et de l’étonnement des enfants

    du mystère imperceptible de la vie.

     

    Je vous parle des amours impossibles

    des seigneurs de la guerre

    de mes parents et de mes amis sous la terre

    de la rougeur d’un soir d’octobre

    d’un ciel rempli de trainées d’avions.

     

    Je vous parle des histoires oubliées

    de la belle et la bête

    de Blanche Neige et de son nain très enrhumé

    de la tristesse de Chopin

    et de la chevauchée des Valkyries.

     

    Je vous parle de la nature sacrifiée

    des couleuvres avalées par Nicolas

    du cri de la hulotte sur le toit de la grange

    de celles et ceux qui arrivent au pouvoir et s’en délectent.

    Je vous parle du crépuscule des dieux.

     

    Je vous parle de celui qui grimpe avec audace

    mais qui n’arrive jamais au sommet

    je vous parle de celui qui cherche désespérément l’ascenseur prétendument social

    et qui dégringole plus bas que terre

    persuadé que tout est de sa faute, de sa très grande faute

    et c’est pourquoi il supplie la toujours Vierge, les Michel,  Gabriel et Raphaël ainsi que tous les saints sacrés, de le conduire à la vie éternelle.

    Je vous parle de ceux qui disent « Amen » à tout et à n’importe quoi.

     

     

    Pour accompagner la lecture :

     

    "La marseillaise" de Stéphane Grappelli et Django Reinhardt

     


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  • La nuit promet d'être belle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    "Échappé de la poubelle des cieux..."

    quelque chose est "tombé du ciel"

    de l'inattendu derrière un nuage

    de la lueur au fond de la caverne

    une éclaircie dans les apparences

     

    la vie a perdu ses barbelés

    l'amour est un miracle

     

    nous allons faire chanter nos corps

    nous rouler dans la boue

    jouir dans des prairies fumantes

    caresser la chevelure des arbres

    nous ne serons pas très raisonnables

    avec nos cheveux blancs et nos culs fripés

    nous rendrons grâce à Ève

    d'avoir croqué la pomme

    de nous avoir fait découvrir le péché

     

    nous aurons des rires qui dégoulinent

    entre nos orteils

    et nous aurons le soleil dans nos poings fermés

    nous brûlerons les vieilles nippes du monde

    nous renverserons les montagnes indécentes du fric

     

    nous garderons un sang rouge dans nos veines

    pour repeindre la terre d'un bleu ardent

    libre et fraternel

     

    … la nuit promet d'être belle…

     

    au petit matin nous nous endormirons

    la tête posée sur l'oreiller du vent

    nous nous réveillerons peut être morts

    comme toi l'ami Jacques

    mais nous aurons connu la joie.

     

    écrit le samedi 7 avril 2018, en écoutant plein pot quelques très belles chansons d'Higelin

    alors que Charles Aznavour n'est pas encore mort !Et si ! voilà, c'est fait ! Chapeau bas Charles ! 

     

     

    "Pars!"


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