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    Vent rouge

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Loin du port,

    mes pas se perdent dans le sable. 

     

    J'attends longtemps le passage du bateau

    pour traverser la rivière. 

     

    Couché dans les feuilles mortes,

    je franchis la barrière

    la forêt disparaît dans le ventre de la tempête. 

     

    Mon regard déchire les barbelés du ciel;

    s'envole dans le vent rouge d'un orage. 

     

    Version audio :


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  • Il(e)

     

     

     

     

     

     

     

     

    (Détail d'un tableau de Dominique Abraham)


    Ile blanche

    reposée à l'horizon

    invisible traversée

    il respire la fraicheur de l'air

    les mains dans la poche des vagues

    le sable fugace et sa chaleur douce

    pas un oiseau pour habiller le vent

    il s'allonge dans ses traces

    un chapeau sur le ciel

    bruit sourd de portières

    cris, éclats de fin de repas

    une odeur de tabac

    quelque chose s'envole

    de lui

    il s'échappe

    entre parenthèses

    anesthésié par l'océan

    des heures entières

    il regarde sans savoir

    où fermer les yeux.


    Version audio :

    (Extrait de "Aquarelle" de René Aubry - Album Signe)

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  •  Mémoires


    Mémoire bleue de l'enfance

    quand la pierre frissonne

    dans la transparence d'un rêve

     

    Mémoire grise du fleuve

    sur la peau ridée des jours

    emportant des secrets ensablés

     

    Mémoire brune des sous bois

    et le cri rauque des corbeaux

    dans la lente cérémonie de l'hiver.

     

    Mémoire rouge d'un soleil

    parfum tremblant du soir

    derrière nos fenêtres ébouriffées.


    Version audio :


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  •  Nuit

     

    Fragile trace d'oiseau

    sur plafond noir.

     

    Espoir endormi

    devant le feu

     

    Nuit rugueuse

    repliée sous les draps.

     

    Nuit enveloppée de griffes

    sous la couverture d'un soir.

     

    Ultime gémissement

    lancé à l'ombre d'un regard.

     

    L'heure est venue

    chancelante.


    Version audio :


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  • Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je suis venu, avec les anges d'un soleil éteint

    encore tremblant de fièvre et de mélancolie.

    Je suis venu, au sommet de  nuages arrondis

    avec des envies d'étoiles à ma fenêtre.

     

    J'ai entendu la respiration de la pendule

    son bruissement mécanique et monotone.

    J'ai vu se colorer le brouillard d'un soupir

    derrière la lente valse de la femme en blanc.

     

    Le ciel a laissé la peur s'envoler de mes yeux.

    La lune a veillé sur l'ombre qui s'allonge

    entre les mains rugueuses de l'arbre.

    Et le feu a brulé mes derniers jouets.

     

    Je suis reparti, à pas de clown

    avec un appétit d'oiseau mort.

    Je suis reparti, pluie d'été sans arc-en-ciel

    passant frêle et silencieux, poète sans regret.

     

    Version audio :

    Extrait de "Pastorale" de Stravinsky; Romances pour saxophone (Branford Marsalis)

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  • Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Devant le rideau de mes yeux

    un soleil couché au fond du verre

    une folie de framboise, de mûre et de cassis

    mémoire  barbouillée d'un temps

    où l'on pressait les fruits dans un linge

    au dessus d'une bassine en métal

    et les abeilles, les guêpes

    et le soleil encore

    l'ivresse et les désirs

    pour réchauffer les corps

    une folie vous dis-je

    un incendie

    à éteindre ou à ranimer

    boire ce vin éclatant

    sans artifice

    boire l'enfance

    jusqu'à la dernière goutte

    jusqu'au sang.

     

    Version audio :


    Extrait de "Aquarelle" - René Aubry (Signes)

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  •  

    Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

    Entre les gouttes

    d'un vieux printemps défleuri

    parmi les arbres en liberté

    dans la forêt en friche

    derrière les souvenirs à cloche pied

    sous le préau de l'école

    devant ces gens bien alignés

    qui défilent au pas des bien pensants

    avec l'orage et l'arc-en-ciel

    avec l'agneau et le serpent

    avec la mer et ses naufrages

    avec le feu, avec le sang

    avec le cri, avec l'enfant

    la vie s'écroule et se relève

    comme une sculpture éphémère

    à jamais inachevée.

     

    Version audio :

     

    Extrait de ballade pour piano n°4 - Chopin - Vlado Perlmuter

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  • Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     L'étrange air que tu respires

    sous les doigts doux de la pluie

    quand tu renifles le vent

    dans la chevelure des arbres.

     

    L'étrange air que tu respires

    quand la grande dame de l'automne

    s'effeuille goutte à goutte

    sur les notes rouges d'un piano.

     

    L'étrange air que tu respires

    une nuit de décembre

    quand la forêt s'endort

    avec ses oiseaux de neige.

     

    L'étrange air que tu respires

    sous la couette où tu t'enlises

    quand tu rencontres la braise

    d'un corps qui attend l'incendie.

     

    L'étrange air que tu respires

    devant les cages ouvertes

    d'un matin qui traverse

    la poussière du soleil.

     

    Étrangère

    que tu respires

    ange étrange

    qui te dévoile.

     

    Version audio :

    Extrait de "Tableau d'une exposition" de Moussorsky - Piano Julius Katchen (Decca)

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    Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tu me dis :           

    Derrière le mur je suis seul, impossible de  passer de l'autre côté pour voir une autre lumière, découvrir un autre monde. Pourquoi ne puis-je traverser ?

     

    Je te dis :

    À quoi servent tes larmes ? Ce mur c'est toi qui l'as construit, à coups de mots, à coups d'arrêts et de jugements, chaque jour un peu plus haut, chaque jour un peu plus solide.

     

    Tu me demandes encore :

    Aide moi ! Toi qui as réussi à le franchir. Dis moi comment faire. J'ai beau chercher, cogner, sauter, rien ne s'ouvre, rien ne s'écroule... Aide-moi, je t'en prie.

     

    Je te réponds :

    Non, je ne peux pas t'aider. Ce mur est dans ta tête. C'est à toi de le faire tomber. Soulève tes paupières, ouvre les bras, regarde vraiment autour de toi.

     

    Et tu continues à parler, à pleurer, à crier :

    Mais je ne peux pas. Il n'y a personne, que moi, moi et moi...

     

    Alors je te dis :

    Mais regarde je suis là, moi.

     

    Version audio :

    Extrait de "Tableau d'une exposition" de Moussorsky - Piano Julius Katchen (Decca)

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  • Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Andrée Chedid, en avril 2010.

    Photo : Stéphane Béchaud / Opale / Flammarion

     

    J’ai traversé le Rien
    Aux jours de mon enfance
    Déchiffrant la mort
    En nos corps d’argile
    Et de brièveté
    J’ai récusé l’orgueil
    Disloqué les triomphes
    Dévoilé notre escale
    Et sa précarité

    Cependant j’y ai cru
    A nos petites existences
    A ses saveurs d’orage
    Aux foudres du bonheur
    A ses éveils ses percées
    Ses troubles ou ses silences
    A ses fougues du présent
    A ses forces d’espérance
    Au contenu des heures

    J’y ai cru tellement cru
    Aux couleurs éphémères
    Aux bienfaits de l’aube
    Aux largesses des nuits
    Oubliant que plus loin
    Vers les courbures du temps
    L’explosion fugace
    Ne laissera aucune trace
    De nos vies consumées

    Et qu’un jour notre Planète
    A bout de souffle
    Se détruirait


    Andrée Chédid, Le Rien.

    in Rythmes, éd. Gallimard, 2003

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