• Un jour j'écrirai un poème qui aura pour titre

    le temps est loin

    ou l'amitié l'amour la joie

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter







    Nous logerons dans une grande maison

    entourée de douceur et d'embruns

    le ciel fabriquera ses nuages

    l'océan inventera des grèves

    et le sable balaiera nos yeux

    de marchand de rêves inoccupés.

    Libre enfin de ne plus besogner

    M. sera là parmi nous

    debout sur la soixantaine de ses printemps

    avec cette lumière intérieure

    qui ferait croire en Dieu

    le plus mécréant d'entre nous.

    Elle aura toujours le même sourire

    un sourire à étayer les montagnes

    il pourra venter, pleuvoir ou soleiller

    les choses ne seront plus en danger.

    Nous habiterons dans la beauté de l'instant

    dans l'élégance des regards croisés

    et dans la générosité des paroles.

    Nos mains dessineront des oiseaux.

    Nous serons persuadés

    de n'avoir rien perdu de nos envies

    d'amour, de justice et de liberté.

    Il se pourrait même

    que nous n'ayons plus peur de vivre

    le peu de temps qui nous reste.

     

    Un jour j'écrirai un poème

    et nous chanterons à plein cœur

    même si les verres ne sont pas remplis.

     

    Version audio :


    Extrait de "Setto Bello" - René Aubry - Invité sur terre

    __________


    votre commentaire

  • Un jour j'écrirai un poème qui aura pour titre

    partons

    ou restons

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter 











    Nous serons tout au bord de l'océan

    dans une maison gorgée

    de pluie et de musique

    Béa Tristan sera là devant nous

    elle chantera "l'ile tonnerre"

    "la route du nord"

    et bien d'autres chansons encore

    nous partirons avec elle

    entre poussière et goudron

    dans le déséquilibre envoutant

    d'un blues âpre et fragile.

    Nous aurons mon amour

    des fatigues étranges

    sur des chemins en majuscules

    nous aurons des oiseaux

    au plumage de printemps

    dans le creux de nos mains

    ils s'envoleront insouciants

    des grandes marées et des tempêtes

    plongeront dans la folie des vagues

    ils nous apporteront

    de pleines brassées d'étoiles

    pour réchauffer nos paupières.

    Nous aurons mon amour

    des silences extrêmes

    sans ombre, sans tristesse

    et des secrets au fond du jardin

    sous la terre de nos pères.

     

    Un jour mon amour j'écrirai un poème

    et nous aurons vingt ans.


    Version audio :

     

    Extrait de "L'ile tonnerre " de Béa Tristan

    __________


    1 commentaire

  • Un jour j’écrirai un poème qui aura pour titre

    le parfum du vent

    ou de la violette

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter 









    La violette, je la découvrirai

    un après midi de soleil

    à demi cachée dans l’herbe d’un talus

    je m’allongerai pour la respirer

    comme un rêve sous la couette

    à cueillir au creux des plumes.

     

    Je m'assiérai sous un chêne centenaire

    à l’ombre de la sagesse.

    Des milliers d’insectes

    poursuivront leur vie mystérieuse

    attendant de me grignoter

    de toutes leurs mandibules.

    Le ciel sera infiniment bleu

    sans un nuage où se reposer

    mon regard s’y perdra

    dans le néant essentiel.

     

    Les doigts raides de la pendule

    continueront de tourner

    autour d’une vie volage

    et débordante

    l’incertitude sera belle.

     

    Je pénétrerai

    dans le plus éphémère des passages

    me faufilerai dans la moindre petite musse

    je poursuivrai cette lueur éclatée

    dans le sombre de la nuit

    le temps rebondira sur mes rides

    s’amusera de mes absences

    je serai dans le vent des nuages

    à voyager sans escale

    avec ma violette..

     

    Un jour j’écrirai un poème

    qui sentira la violette.

     

    Version audio :

     

    Extrait de "Impromptu in B flat" de Schubert, Ingrid Haebler au piano

    __________


    1 commentaire
  •  

    Un matin j'écrirai un poème qui aura pour titre

    suspension

    ou en marge

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter 









    Nous nous réveillerons dans un matin entrebâillé

    où le ciel disparaitra dans le soleil.

    Une aube printanière

    attendra ses oiseaux.

    De vieux poètes à chapeau

    sillonneront les rues

    en clamant quelques vers.

    Des vapeurs fumantes

    jailliront du fumier

    car l'hiver aura gardé

    encore un peu de ses frimas.

    L'horizon fera des vagues

    une prairie serpentera dans le vent.

    À la radio Jean Pierre Siméon causera de poésie

    en enlevant et remettant sans arrêt ses lunettes.

    Il dira exactement :

    "La poésie c’est comme les lunettes. C’est pour mieux voir. Parce que nos yeux ne savent plus, ils sont fatigués, usés. Croyez-moi, tous ces gens autour de vous, ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit, sans s’en rendre compte, ils deviennent aveugles"

    Nous aurons envie de faire jaillir un poème

    comme une bouture de géranium

    sur un terrain vague.

    Les mots auront de nouvelles histoires

    à chuchoter

    et nos yeux inventeront une plage immense

    pour faire galoper nos rêves les plus fous.

     

    Un matin j'écrirai un poème

    et mes pensées s'envoleront

    dans le sillage de mes fenêtres.


    Version audio :

     

    Extrait  "D'un pas si facile" - Invités sur terre - René Aubry.

    __________


    1 commentaire

  • Un jour j’écrirai un poème qui aura pour titre

    rien ne change

    ou presque rien

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter 







    Sans colère ni éclat

    nous verrons bruler les jours

    pâturant nos prés carrés

    au carrefour de nos rues.

    Nous roulerons à l'ordinaire

    sur des chemins sans démesure

    ne guettant aucun mirage

    dessous nos paillassons.

    Sur nos lèvres closes

    un silence fracassant

    nous donnera le vertige.

    Nous regarderons danser

    les balançoires au bout de nos doigts

    Dans le vent

    les arbres perdront la tête.

    Derrière nos rideaux

    accablés de froidure

    nous attendrons

    quelque chose d'impossible.

    Puis, brusquement nous découvrirons

    sur le talus tout au fond du jardin

    la vérité scintillante

    d'une primevère.

    A cet instant nous aimerons les mots

    pour leur secret qui frappe à notre porte

    pour les passerelles jetées sur nos entraves.

     

    Un jour j'écrirai un poème

    et la lumière et l'ombre

    habiteront la même maison.

     


    Version audio :

     

    Extrait de "Liebestraum Nr 3" - Franz Liszt - Misha Dichter au piano

    __________


    votre commentaire

  • Matin de brume

    dans un aveugle lointain

    Les textes à lire à écouter







    matin qui hurle en silence

    à tâtons sur l'horizon

    matin en panne

    enfermé dans les ténèbres

    emporté à la dérive

    à contre courant

    d'une aventure à inventer

    matin échoué sur le sable noir

    d'un rêve de naufrage

    matin qui s'amuse

    avec mes pelotes de nerfs à vif

    matin mal réveillé

    avec rimettes au coin des yeux

    du soufre au cœur

    et de la vague à l'âme

    matin auquel il manque une marche

    à l'escalier (il va falloir sauter)

    matin mutin

    joueur espiègle de giboulée

    et d'arc en ciel

    matin de rosée verte

    de jonquilles et de violettes

    matin extrême où les mots se taisent

    devant un océan d'oiseaux...

     

    Mille et un matins

    de poèmes à venir.

     

    Version audio :


    Extrait de "Deux petits chaussons " de Charles Chaplin - Cigalia à l'orgue de barbarie

    __________


    1 commentaire
  •  

    Un matin j'écrirai un poème qui aura pour titre

    sourire blanc

    ou le chant des sirènes

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter







     

    Bien amarré dans un silence

    de coquillage

    je poserai les pieds

    sur des rochers que le ciel

    aura pondu dans son miroir.

    Je n'entendrai rien d'autre

    qu'un silence habillé de clapotis

    et la plainte monotone

    de la corne de brume

    Dans les rondeurs du brouillard

    je devinerai l’exclamation suspendue

    d’un phare.

    Au milieu de la jetée un goéland

    regardera la mer puis s'envolera

    en criant comme un fou.

    Les vagues s'allongeront mollement

    sur des galets endormis.

    Quelques écueils sortiront de leur chagrin

    et se chevaucheront dans un coït immobile

    ils secoueront leurs gouttelettes d'argent

    sous un pâle soleil voilé.

    J'attendrai que le jour ouvre son grand rideau

    derrière les maisons du port

    comme une cascade d'ombres brillantes.

    J'attendrai les cris envoutants

    des sirènes.

     

    Un matin j'écrirai un poème

    et j'aurai soif de houle

    et de tempête.

     

    Version audio :


    Extrait de "Gymnopédie n°3" d'Erik Satie - Brandford Marsalis  (Romance for saxophone)

    __________



    votre commentaire
  •  

    Une nuit j'écrirai un poème qui aura pour titre

    désirs inassouvis

    ou libido dissolue

    ... peu importe !

     Les textes à lire à écouter








    Tu seras là devant moi

    comme une avant-dernière pensée

    et je te prendrai dans un tableau

    sur un thème de Jean Cocteau

    avec Satie au piano.

     

    Sur un mur ou un vaisseau

    sur un arbre ou sur un pont

    je te prendrai

    en tous sens, à quatre mains.

     

    Distinguée, désagréable

    héroïque ou desséchée

    flasque et dégoûtée

    je te prendrai

    en manière de commencement.

     

    En prélude ou matinale

    en redite, en prolongement

    en sports et divertissements

    je te prendrai

    en parade

    et même en habit de cheval.

     

    Oui, je te prendrai

    immensément.

     

    Une nuit j'écrirai un poème

    pour toi, qui ne voudras sans doute pas

    de ce gros bonhomme en bois.


    Version audio :

     

    Extrait de "La campanella" de Franz Liszt par Misha Dichter.

    Une majorité de mots de ce texte ont été pris dans les titres des oeuvres d'Eric Satie.

    __________

     


    votre commentaire
  •  

    Un jour j'écrirai un poème qui aura pour titre

    c'est la fin

    ou le début

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter 







    La rage au cœur, des milliers de gueux

    descendront sur la ville

    les uns portant poignard, d’autres le fusil.

    Dans les rues, sur les places

    retentiront les cris des bourgeois affolés

    protégeant leur maison, leur voiture, leur commerce

    et la multitude de leurs petites affaires

    amassées au cours de leur vie

    de jouissance et de profit.

    Tous les paumés, les RMIstes, les sans-papiers

    les sans-rien-du-tout

    ceux à qui il ne reste plus que la gueule

    pour hurler leur misère

    tous se vengeront, réclameront justice.

    Et l’on entendra crier pitié.

    Et l’on verra toutes ces échines friquées

    se pencher sur les restes épars d’un repas renversé.

    Peut-être, certains, dans un dernier sursaut

    un sourire hypocrite sur leur lèvre éclatée

    essaieront vainement d’acheter un instant de survie

    avant de voir s’envoler leur âme moricaude

    vers l’enfer des nantis.

    Oui, un jour, les gueux descendront sur la ville

    avec dans leur regard l’envie d’être bourgeois

    et de trouver enfin plus pauvre qu’eux.

     

    Un jour j'écrirai un poème, un jour, mais pas aujourd'hui.

    En attendant vous me laisserez bien

    finir ce foie gras avec un verre de Loupiac

    personne ne nous regarde.

     

    Version audio :




    Extrait de "Tribulations" - René Aubry (Ne m'oublie pas)
    __________



    votre commentaire

  • Un soir j’écrirai un poème qui aura pour titre

    dans les cordes

    ou prélude en la mineur

    ... peu importe !

    Les textes à lire à écouter

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    Nous remuerons dans nos fauteuils

    comme des oisillons au creux du nid

    attendant la becquée

    nous tousserons deux ou trois fois.

    Sur le piano la lumière

    veillera au silence

    doigts tendus au dessus des touches

    les mains seront prêtes pour la mitraille

    un court instant de recueillement

    puis elles mèneront l'offensive

    sautant reculant valsant

    entre fureur et tremblement

    douceur et suffocation

    en fugues ou ballades

    le cœur endiablé

    ne manquera pas d'assurance

    les oiseaux cachés sous les planches

    suspendront leur chant

    jusqu'à la dernière coda

    et les notes ayant quitté les touches

    nous porteront longtemps

    dans l'écho répété de leur envol.

     

    Un soir en balade j'écrirai un poème

    et je danserai la mazurka

    avec Chopin et Georges Sand.


    Version audio :

     

     

    Extrait de "Polonaise pour piano n° 5" de Chopin, par Vlado Perlmuter

    __________



    votre commentaire