• Au conteur, au poète, à l'éditeur,

    au militant de l'éducation populaire,

    à l'ami

    A Claude Burneau

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Claude a rejoint

    le grand cirque de la mort

    nous laissant cette peur invisible

    que rien n’effacera.

     

    Il n’y a plus de vent.

     

    Les ombres flottent au dessus d’un chemin

    évaporé

    personne n’existera aussi longtemps

    que ce chemin.

     

    L’horizon n’est que l’écorce de l’aube

    il nous faut aller plus loin

    dans la lumière

    jusqu'au dernier souffle du désert.

     

    Nous ne survivrons

    que dans l’intensité.

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  • J'avance

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il y a le bruit de mes pas

    dans le silence du chemin.

     

    Il y a le ciel

    ses millions d'étoiles qui me regardent

    sans doute que l'une d'elles me fait signe et m'appelle

    je ne l'entends pas.

     

    Il y a la nuit

    son manteau d'herbe noire et humide.

     

    Il y a, très loin, une barrière

    appuyée sur l'horizon

    je la connais depuis l'enfance

    je ne l'ai encore jamais franchie.

     

    Est-ce le moment ?

     

    Je la vois de plus en plus nettement

    elle brille, elle brule

    elle me consume à petit feu.

     

    Combien de temps avant de la toucher

    de grimper sur ses barreaux

    de sauter de l'autre côté ?

     

    Quel sera le prix à payer ?

     

    Je n'en sais rien

    j'avance.

     

    À chacun de mes pas

    j'allume une étoile

    et je repousse la barrière.

     

    J'avance

    sans regarder derrière moi

    avec le bruit du silence

    sur le chemin de mes pas.

     

    Version audio

     

    Gymnopédie N°2, Eric Satie, Marcella Roggeri au piano

     


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  • Elle pleure

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Elle pleure, elle pleure, elle n'arrête pas de pleurer.

    Nous, les hommes

    on ne peut rien savoir de la souffrance des mères.

    Les larmes, les cris, la colère on connait

    mais cette immense tristesse

    cette envie de toucher, caresser

    de prendre, de tenir à bras le corps

    cette irrésistible tendresse qui s'évapore

    ce désespoir infini

    on ne peut qu'en sentir la lourdeur

    sur nos épaules

    s'enfoncer un peu plus dans la terre

    et dans nos silences

    à chacun de nos pas.

     

    Pour accompagner la lecture :

     

    Extrait de Garcia Fons

     


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  • L'horizon

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L'horizon ils n'en avaient plus, enfoncés dans la boue, leurs uniformes couleur merde.

    De temps en temps, surtout le matin, ils devinaient un éclat de bleu. Mais soudain : obus, grenades, mitrailles...

    Et l'horizon à nouveau bouché, leur vie à nouveau boucherie, leur vie tranchée !

    Et ça crie, ça s'étripe, ça creuse, ça tombe, ça enterre, ça déterre et ça détale comme ça peut.

    L'horizon, c'est pour les planqués.

    L'horizon, ils n'y voient que du bleu !

    Certains écrivent, les plus instruits. Les autres, les plus nombreux, n'ont pas de mots et, de toute façon, les mots ne suffisent pas. Alors il y a le silence, le silence des regards.

    Et cette fatigue impossible à quitter, même après quelques verres de gnole.

    A l'horizon, ne reste que ce silence, froid et lourd.

    Il pourrait être bleu ce silence.

    Et ce serait le silence de mon grand-père.

     

    Musique pour accompagner la lecture ("Clair de lune de Debussy) :

     

     

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    Viens

    je t'emmène dans la forêt touffue

    de mes rêves tout fous

    dans le labyrinthe des histoires

    à dormir debout.

     

    Donne moi la main

    n'aie pas peur du grand méchant loup

    que je ne suis pas encore.

    Pose ton petit panier de soucis et de tracas

    viens tirer d'autres chevillettes

    et cueillir cette lumière d'automne

    qui nous enflamme.

     

    Viens.

    Nous traverserons des murs invisibles

    des manteaux d'Arlequin

    des lieux incertains entre cour et jardin.

    Nous filerons à l'allemande ou à l'italienne

    dépasserons les feux de toutes les rampes

    nous irons au bout du fil dans le livre des ciels

    nous dormirons avec les plus jolies servantes

    nous danserons en compagnie du coryphée

    et le brigadier nous offrira deux ou trois coups

    nous éclaterons de rire dans les embouteillages

    nous fêterons les funérailles de tous les hivers

    dans la joie et la bonne humeur

    avec les Pierrots et les Jocrisses

    les Polichinelles et les Turlupins

    avec les femmes de la petite et de la grande couronne

    avec Sylvain, Hanokh, Laurent

    Bertolt, Lioubomir, Frédérico

    et peut être aussi William, Anton, Carole

    Xavier, Peter, Jean Luc, Yasmina

    et beaucoup d'autres

    ils seront tous là, avec nous

    dans le meilleur des mondes

    un monde où tout est possible

    un monde imaginaire plus grand que le monde.

     

    Viens.

    Viens t'asseoir sur mon strapontin

    on aura vingt ans pendant longtemps.

     

    Musique pour accompagner la lecture :

     

     

    (Texte écrit à l'occasion des 20 ans de la troupe du Strapontin (Les Herbiers))


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  • Le vieux chêne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je suis allé au devant de mon enfance j'ai vu un très vieux chêne aux rameaux tordus caressant la boue d'un chemin. Bonjour vieux chêne tu te souviens de moi quand je passais devant toi en fin d'après midi certains dimanches soirs, dis, tu te souviens ? Mais toi tu ne savais pas pourquoi je me cachais dans ton ombre ni pourquoi je versais ces larmes de rage et d'impuissance.

    J'ai vu le puits de mon village, les prunelliers le long du sentier et les grimaces que je faisais en goûtant l'acidité de leur fruit.

    J'ai vu les gros chevaux de trait qui remontaient de la mare en lâchant quelques pets sonores ; et ça nous faisait rire nous les gosses qui étions toujours dehors.

    J'ai vu les sureaux qui poussaient autour des fermes et les pétoires que nous fabriquait le grand voisin Moreau; j'ai essayé mille fois depuis mais je n'ai jamais réussi : évider un fragment de grosse branche, mettre un morceau de patate à une extrémité et pousser de  l'autre côté avec une tige ; PPouttt ; et ça partait loin.

    Je suis allé derrière mon village et j'ai vu qu'il ne restait plus rien de la maison où je suis né; je me suis dit qu'il me manquait vraiment quelque chose. J'ai essayé de revoir les toits à cochon, les clapiers et le routin qui montait dans le jardin de pépé, la cave où il faisait son cidre, la petite étable avec ses trois vaches… Rien, il n'y avait plus rien que du terrain aplani pour les engins agricoles… Combien de temps ces images vont-elles rester dans ma tête ?

    Je suis allé un peu plus loin qu'aujourd'hui et j'ai revu mon vieux chêne et les branches de mon jardin, doucement secouées par le vent. Elles semblaient me dire : "C'est comme ça, on n'y peut rien, il faut continuer, cours, saute, trébuche, tombe mais relève toi encore et encore. Tu ne sais pas où tu vas ? On s'en fout, fais comme nous, secoue toi un peu et avance."

     

    Pour accompagner la lecture : "L'estran" Didier Squiban 

     

     


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  • Ceci est un poème qui trébuche et qui frissonne

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ils ont planté des couteaux dans nos rêves d'amants

    ils ont coulé du béton sur nos prairies parfumées

    ils ont construit des prisons pour nos enfants

    ils ont fait taire les vagues qui gonflaient nos marées.

     

    Et personne n'a rien dit.

     

    Un jour, ils viendront nous chercher

    et nous n'aurons que nos mots pour pleurer.

     

    Mais la poésie est encore là

    frissonnante et sauvage

    elle dessine des fenêtres

    sur la froideur des murs

    elle nous décoiffe et nous bouscule

    elle nous offre quelque chose

    de plus grand que le silence

    et qui n'est pas la mort

    elle nous conduit à grands pas

    dans le désordre des choses

    jusqu'à boire l'invisible.

     

    Il est venu le temps d'écarter nos paupières

    pour affronter la noirceur du monde.

     

    Que tous les poètes, les détrousseurs de mots

    les déserteurs de rimes et les bouffeurs d'alexandrins

    ouvrent enfin les yeux, se mettent debout

    se raclent profondément la gorge

    crachent un ou deux glaviots

    sur les trottoirs endormis

    et chantent et dansent

    avec la terre et le feu

    avec l'eau, le vent et la liberté

    avec la lumière de leurs mots

    plus vastes et plus puissants

    que le plus profond des fleuves.

     

    Pour prolonger la lecture "Motivés" de Zebda :

     

     


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  • Crépuscule

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      

    Quelque chose bouge derrière la porte

    l'oiseau se tait, la pluie s'égoutte

    l'arbre tremble comme un petit chien

    le silence n'est pas encore rentré

    dans la peau de la nuit

    il attend la lumière

    d'une ancienne étoile.

     

    Pour accompagner la lecture "Procession" de Renaud Garcia Fons : 

     

     


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  • Liberté, liberté chierie ...

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le pigeon est tailleur dans les airs, il survole et découpe toutes les heures, prend de la hauteur puis redescend enfin quand vient le crépuscule. Il se pose sur la branche basse et collante d'un étrange résineux élyséen et se met à roucouler, comme un con de pigeon.

     

    Monologue roucoulé  :

    Je défèque sur tout ce qui bouge ou ne bouge pas, je caque sur tous ceux qui me gavent avec leurs belles paroles, leurs beaux discours, je crotte sur ceux qui n'ont pas de chance, sur ceux qui croient au ciel et sur ceux qui n'y croient pas, je chie même sur l'épaule du président de la répudique, et je sème quelques fientes sèches sur les gens qui courent après la liberté sans jamais la rattraper.

    Je suis un pigeon semeur de mauvaises graines de discordes, pas un pigeon qui va vous entonner une marseillaise remplie de sang impur au milieu de nos sillons, ni une internationale pour tous les damnés de la terre, non, je suis un pigeon acculturé qui n'a jamais lu, écouté une analyse politique ou économique sérieuse (surtout pas du Bernard Maris), qui n'a même jamais regardé la télé, ou juste du coin de l'œil, perché sur un balcon, attendant des restes. Ma vie est un mauvais roman dont les pages sont accrochées dans les cabinets minestérels.

     

    Silence du pigeon au crépuscule

    Le pigeon s'est endormi, libre comme l'air de rien. Sa pigeonne l'a rejoint ; et on entend défiler les minutes de silence avec tout un tas de bruit dedans.

     

    et pour aller plus loin, une chanson de Sarcloret, "La chair à saucisse "

     

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  • Toutes les nuits

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Pour accompagner la lecture : "I remember Jimmy Yancey" - Piano connection et Marcs Boogie 

     

     

    Toutes les nuits j'ai de petites peurs, elles se blottissent sous l'oreiller et mes rêves s'en souviennent.

    Elles ressemblent au vol étrange de l'oiseau noir au dessus des marais, au silence blanc derrière la porte, au volet qui claque sans raison, à l'enfant que je ne reconnais pas, au gout amer de la mémoire, à la douleur qui ne peut plus crier…

    Alors je me lève et je marche, les poings serrés, les pieds dans un brouillard épais. Je marche en regardant la lune blanche disparaître dans le ventre des ténèbres. Je marche, et j'oublie l'ombre qui va naitre. Je suis dans l'ignorance des pierres. La vie s'écoule en terre étrangère. Je ne savais pas que je baisais la mort. Toutes les nuits.

    Aujourd'hui, c'est une nuit comme les autres.

    Ce matin il ne s'est rien passé. La poussière du temps a recouvert mon visage. Il pleut au sommet de l'arbre. Les vaches broutent paisiblement derrière la haie. Les bruits s'étouffent dans le gris. Ma mère est toujours morte et se lasse des chrysanthèmes. Je me mouche bruyamment pour réveiller le jour. Le téléphone est muet, épuisé, à force de chercher le non-sens des mots. Le ciel se remplit de signes. Il me reste un peu de gaieté pour rallumer le feu. Et brusquement le soleil traverse la fenêtre, comme une lame tranchante sur le parquet. Sa chaleur fond entre mes doigts.

    J'habite dans cette lumière, fragile, fugace, éphémère.

    La vie.

    Et je ne suis pas seul.

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