• Nous vivons

     

     

     

     

     

     

     

     

      

    Nous vivons dans des silences minuscules,

    dans des instants fugaces,

    presque invisibles.

    Nous vivons sur des passerelles fragiles;

    il y en a de toutes sortes et de toutes dimensions,

    pour franchir nos paysages les plus insolites.

    Vivre c'est passer d'une rive à l'autre du fleuve

    en essayant le plus possible

    de ne pas tomber dans le vide

    ou de ne pas se laisser entrainer au fil du courant.


    Vivre c'est passer d'un rêve à l'autre.


    Pour accompagner la lecture :


    Extrait concerto n°27, Mozart

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  • Quand devant nous...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Quand devant nous béton se dresse

    Quand nos regards se heurtent aux pierres

    Quand tous les rêves tombent en poussière

    Quand nos pas tremblent sur passerelles

    Il faut appeler son passe muraille

    Jeter la clé, forcer le passage

    Mettre de l'huile sur nos impasses

    Pour faire valser les engrenages

    Tournicoter et puis danser

    Des paso doble des passacailles

    Couvrir nos murs de passiflores

    Et caresser tendres sirènes

    Aux seins gonflés comme des pastèques

    Alors la vie cligne de l'œil

    Et retrouve ses hirondelles.


    Pour accompagner la lecture :

     

    Take away (piano connections & Marcs Boogie)

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  • Et nous voilà...

     

     

     

     

     

     

     

    Et nous voilà sous un ciel de neige

    les oreilles dans le bourdonnement

    d'un train immobile

    et les yeux agrippés à l'éclat

    d'une colline lactescente.

    Quelques flocons voltigent encore

    au dessus de cette gare improbable.

    La neige a bloqué les aiguilles.

    Nous sommes dans l'épaisseur du temps.

    Nous avons renoncé à prendre

    les commandes de la grande vitesse

    qui gomme les paysages

    et les fait ressembler à un défilé de mode

    en accéléré.

    Nous sommes à fleur de peau,

    guettant la caresse de l'imprévu.

    Un renard fier et arrogant

    promène ses couleurs

    dans un immense champ blanc;

    un toit fume derrière un mince rideau d'arbres;

    un voyageur sourit lorsque nos regards se croisent.

    Nous avons en nous

    cette rivière transparente

    qui s'amuse et babille entre les pierres.

    Alors, pourquoi pleurer,

    trépigner, mordre ou rugir

    à la gueule d'un téléphone portable.

    Y a-t-il du temps qui se perd,

    qui s'envole comme ça,

    sans que personne ne s'y accroche,

    du temps avec rien autour?

    Nous avons devant nous

    un matin descendu de sa branche

    et deux petits pieds qui se bousculent

    dans le ventre d'un printemps à venir.

    La beauté est dans l'instant.

    Nous parviendrons à la tenir

    un peu au creux des mains,

    puis nous soufflerons sur ses ailes

    pour qu'elle rejoigne,

    si elle le veut bien,

    le chant des oiseaux

    et le rêve des enfants

    dans nos jardins intimes.

    Nous serons fatigués,

    d'une fatigue douce et tiède.

    Et tout recommencera.

    Le temps ronronnera à nouveau.

    L'invisible sera derrière nous

    et nous attendrons qu'il nous rattrape.

    Nous marcherons droit

    en respirant la terre

    et en clignant des yeux dans la lumière.

    Nous n'aurons aucun regret.


    Pour accompagner la lecture :

     

    Mozat, concerto n° 27

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  • Je rêve encore

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La nuit quand tout dort

    Moi je rêve encore

    En avant l'imagination

    Vive la grande récréation

    Pour moi la nuit

    C'est pain bénit.

     

    Je rêve aux mots qui vont tomber

    Comme des plumes sur l'oreiller

    Je pense à toi, surtout à moi

    À tout ce qui n'arrivera pas

    Dans ma caboche ébouriffée

    Les idées se mettent à valser.

     

    Je deviens roi ou bien soldat

    Marchand de sable ou de gravats

    Je cours et je m'envole

    Sur le toit d'une école

    Essayez donc de m'attraper

    Je vous balance un pied de nez.

     

    Je fais même du patin à glace

    Entre deux fusées dans l'espace

    Je finis par me retrouver par terre

    Sans doute à cause de Voltaire

    Et si la nuit me recouvre de son manteau

    C'est la faute à Jean Jacques Rousseau.

     

    Le matin quand le monde est réveillé

    Je dors encore à poings fermés.


    Pour accompagner la lecture :

     

    I rememmber Jimmy Yancey-Boogie woogie &blues

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  • Passages

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Épaves abandonnées sur la vase de l'estuaire

    bateaux au détour du sentier

    squelettes posés les bras ballants

    désarticulés

    caressant la marée qui s'éloigne

    leur vie leur sang

    s'échappe de leur flanc noir.

    S'asseoir sur le petit banc

    qui borde le passage

    attendre que l'eau

    - leur vie leur sang -

    revienne lentement

    recouvrir leur carcasse

    usée de rouille et de sel

    ossements tremblants

    dans la lumière liquide

    qui les abreuve.

    Chaque jour.

    Ils perdent un peu de vie

    un peu de sang

    au fil d'un temps marin

    qui grignote inexorablement

    l'ombre de leur trace

    et mêle le sang des morts

    à celui des vivants.

    Fragile dédicace

    tout en haut d'un poème.


    Pour accompagner la lecture :


    Liz Story ; In a sentimental mood

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  • Ce matin-là

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Matin de janvier

    début des années soixante

    dans un pensionnat de la campagne vendéenne

    Immense dortoir au troisième étage

    quatre longues rangées de lits

    tout au bout la chambre du surveillant

    Lever dès l'aube

    passage dans les travées

    une secousse aux gros dormeurs

    Ce matin-là beaucoup de temps au creux du lit

    réveil brusque

    quelque chose pas comme d'habitude

    regard aux alentours

    fenêtres givrées

    absence de chauffage pendant la nuit

    pensionnaires autour de moi presque entièrement habillés

    Vite

    comme tout le monde

    collectivité sacrée

    rapidement en bas du lit

    course au lavabo

    stop

    le surveillant

    "inutile pas de toilette ce matin robinets gelés dans cinq minutes à la chapelle"

    Au doigt à l'œil

    obéissance aveugle

    Messe hivernale dans la glacière

    Ma prière ce matin-là

    à Saint Pancrace

    grand maitre en glaces et robinets.


    Version audio :

    Un blues de John Lee Hooker : "House rent boogis"

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  • Je vous écris d'un matin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je vous écris d'un matin comme tous les autres matins.

    On croit cela, que tous les matins se ressemblent.

    Passage de la nuit au jour, des ténèbres à la lumière,

    du sommeil au réveil, du rêve au réel.

    Passages obligés,

    quotidiens, tellement banals.

    Et pourtant, si différents:

    une faible lueur derrière les lauriers,

    un merle au pied des rosiers,

    l'humidité sur les chaises oubliées au milieu de la terrasse,

    les dernières feuilles du tilleul

    accrochées de toute leur faible force

    au bout d'une branche,

    un ciel rempli de vent et de pluie,

    une lune plus blanche qu'un nuage...

    Il suffit d'observer et tout change,

    en nous et hors de nous.

    On ouvre la porte du jour,

    on prend le temps de déverrouiller son regard

    pour qu'il s'arrête

    devant ce qu'il a l'habitude de rencontrer:

    un brin d'herbe, un sourire, un caillou,

    un arbre, un mot, une fleur ou un cri.

    Alors, chaque matin tout peut arriver.


    Version audio :

     extrait de Gayatu Mantra de Masood Ali Khan

     
     

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  • En marche...














    Il y a dessous nos semelles

    le poids invisible de l'horizon

    cet infini tremblement du ciel

    dans les yeux d'une chanson.


    Un extrait de chant diphonique pour accompagner ce texte :


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  • Feu

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Trois morceaux de bois

    Sur les braises de la nuit

    La journée s'enflamme.

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  •  

    La nuit est venue

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Peinture de Jacques Dominioni 

     

    Lente cérémonie de l'endormissement

    avant l'abandon

    quand une solitude assourdissante

    étale ses nuits d'insomnie

    aux portes de la vieillesse

    un pied sur le sable sucré des plages

    l'autre sur le frisson des vagues

    et les yeux dans un rêve

    déshabillé d'enfance

    fragile rideau de papier

    brouillon brouillé

    emporté au fil d'un fleuve secret

    ne restent que quelques gouttes

    ici ou là-bas

    entre les lignes brisées

    d'un désir d'ivresse

    alors, les mots, chauffés à blanc

    qu'ils sortent

    qu'ils éclatent

    en folle et froide colère

    à croquer jusqu'au sang

    en rage tremblante

    sur la chair rouge de la toile

    qu'ils grincent, crachent et grimacent

    à la gueule du monde

    une dernière fois.


    Version audio :


    Extrait de ballade pour piano n°2 de Chopin - Vlado Perlmuter.

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