• En attendant...

    En attendant...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je pourrais vous écrire

    un poème bien raisonnable

    chaque mot étant bien à sa place

    un poème qui marche au pas

    sur une musique alexandrine

    ça bouge à peine

    ça silence de mort

    ça s’efface et disparaît tout seul

    un poème pour oublier

    et s’endormir

    avec enjambements et ronflements

    un poème pour imbécile heureux

    je pourrais faire cela

    en attendant

     

    en attendant les larmes

    et la folie au bord du vide

    qui nous traverse sans crier gare

    en attendant la colère muette et blanche

     

    mais en attendant, moi, je rêve

     

    j’ai tant rêvé

    depuis longtemps

    comme un con que je suis

    rêvé d’un monde nouveau, accueillant

    tant rêvé

    partage, plaisir, reconnaissance

    humanisme, solidarité, liberté

    tous ces mots rêvés

    comme un con

    tout a disparu

    liberté du plus fort

    du plus puissant

    du plus riche

    ils écrasent tout

    à coup de talons

    de pognon, de pouvoir

    et nous, paroles étouffées

    et nous, fragiles, petits, pauvres

    écrasés

    comme des merdes

    comme des cons

    des poussières de cons

    imbéciles malheureux

    nus et sans masque

     

    avec quelle liberté ?

     

    en attendant

    bouffons

    aux poches pleines d’or

    et de belles promesses

    bouffons qui gouvernez

    même si vos yeux restent secs

    vous avez le bonjour

    des pyjamas rayés

    regard perdu entre deux squelettes

    des prisonniers allongés

    dans la boue et la fange

    des enfants disparus en Méditerranée

    des corps rampants

    entre les barbelés de vos frontières

    vous avez le bonjour

    de tous les invisibles

    des estropiés de la vie

    des naufragés du cœur

    et de toutes celles et ceux

    qui n’ont plus la force de gueuler

     

    bouffons qui restez

    dans l’illusion des choses

    vous verrez bientôt

    votre dernier soleil

    nous vous laissons vos carrosses

    vos limousines et vos châteaux

     

    en attendant

    avec mes sœurs et mes frères

    nous avons tout un monde

    à inventer

    il nous faut creuser un chemin

    hors de votre périmètre

    avant que la nuit se referme

     

    ce sera long, au début

    mais un jour

    croyez le bien

    d’un coup

    nous serons chez nous

    et vous n’y pourrez plus rien !


  • Commentaires

    1
    Marco
    Mardi 9 Février à 12:00

    Très beau texte,  tous ces cons qui nous gouvernent ne pourront jamais nous empêcher de rêver ...

    2
    aliscan
    Mardi 6 Avril à 23:48

    Vos textes sont toujours aussi remarquables.

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