Un matin j'écrirai un poème qui aura pour titre suspension ou en marge ... peu importe ! Nous nous réveillerons dans un matin entrebâillé où le ciel disparaitra dans le soleil. Une aube printanière attendra ses oiseaux. De vieux poètes à chapeau sillonneront...
Un jour j’écrirai un poème qui aura pour titre rien ne change ou presque rien ... peu importe ! Sans colère ni éclat nous verrons bruler les jours pâturant nos prés carrés au carrefour de nos rues. Nous roulerons à l'ordinaire sur des chemins sans démesure...
Une nuit j'écrirai un poème qui aura pour titre désirs inassouvis ou libido dissolue ... peu importe ! Tu seras là devant moi comme une avant-dernière pensée et je te prendrai dans un tableau sur un thème de Jean Cocteau avec Satie au piano. Sur un mur...
Un soir j’écrirai un poème qui aura pour titre dans les cordes ou prélude en la mineur ... peu importe ! Nous remuerons dans nos fauteuils comme des oisillons au creux du nid attendant la becquée nous tousserons deux ou trois fois. Sur le piano la lumière...
Un jour j'écrirai un poème qui aura pour titre folles genèses ou résurgences ... peu importe ! Les boites sortiront du placard et les photos s'étaleront sur la toile cirée vertige d'un retour en enfance invention chancelante de la mémoire sur des corps...
Un jour j’écrirai un poème qui aura pour titre visage de glace ou la belle endormie ... peu importe ! La lumière sera blanche comme l’oubli rien ne tremblera dans ton regard de cendre la flamme disparaitra ne laissant que le glaive le vent ne pourra franchir...
Un matin j’écrirai un poème qui aura pour titre sous la cendre ou l’absence ... peu importe ! Un homme avancera dans un long corridor. À bouche décousue il cherchera les mots accrochés à sa mémoire. Il maudira ses maigres larmes devant chaque porte close...
Un jour j’écrirai un poème qui aura pour titre entre les gouttes ou après l’orage ... peu importe ! Nous marcherons encapuchonnés dans un pays bleu qui ressemblera à la Bretagne. Il pleuvra sur nos sécheresses le bonheur se lèvera de son lit de patriarche...
Un matin j’écrirai un poème qui aura pour titre réveil glacé ou soleil blanc ... peu importe ! Ce sera un matin suspendu les yeux sur la peau du ciel du silence à effrayer la lune le vent ne bougera pas d’un souffle les oiseaux reposeront leurs branches...