• Rien

    Rien

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il y a toujours quelque chose derrière « rien ». C’est bien caché, ça ne veut pas sortir, ça se protège (ou ça nous protège ?). Souvent ce mot arrive très vite après une question du genre « À quoi penses-tu ? » ou « Que dis-tu ? » ou « Qu’est-ce que tu veux dire ? » ou « Qu’est-ce que tu as ? »…Rien ! Rien !

    C’est coupant, tranchant, on sait qu’on ne doit pas insister, peur que ça déborde, que ça nous dépasse, que ça aille trop loin, confidences à n’en plus finir, épanchements, pleurs, colères, pétage de plomb… et celui qui entend, qui écoute tout ça, qu’est ce qu’il en fait de tout ce « ça »? Il a l’air malin avec ce qui lui est mis sur les bras, sur le dos, dans la tête. Il est bien obligé de le garder quelque part, au moins pour un moment ! Ce n’est pas facile de s’en débarrasser en le confiant à quelqu’un d’autre, ça ne part pas comme ça, un coup d’éponge, un rinçage et hop ! Non ! Ce n’est pas rien, ça laisse des traces le rien qui se dévoile, se confie, se lache et s’abandonne.

    Alors que se passe-t-il quand on est confronté à ce mot qui nous est balancé ? La plupart du temps on laisse passer et on change de sujet, on parle de tout et de rien. Quand le rien est mélangé au tout ça passe tout seul, on le qualifie de « petits riens ». Ouf ! On l’a échappé belle ! Parce que lorsque l’autre dévoile son « rien » ça nous fait prendre conscience de notre « rien » bien caché chez nous aussi. On préfère entendre le rien de l’autre que livrer (délivrer ?) le sien.

    Attention, il ne faut pas confondre « rien » avec le silence. Le silence ce n’est pas rien. Après avoir demandé « Qu’est-ce que tu as ? », si l’autre ne dit rien, donc s’il ne dit pas le mot « rien » et qu’il garde le silence, c’est signe que quelque chose peut sans doute sortir, si on respecte cet instant. On a l’impression que cela dure longtemps et il peut faire peur ce silence pour celui qui l’entend car il gomme tout ce qui entoure : les bruits, les gens, les objets, le paysage…Il ne reste qu’un silence qui attend et qui sait qu’il va se passer quelque chose. Même si la personne en face de nous n’a rien à dire on sent bien qu’elle va le dire.

    « Le silence est comme l’ébauche de mille métamorphoses. » nous dit Yves Bonnefoy.


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