• La peau du temps

     La peau du temps

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vieux, très vieux

    peau creusée par le temps

    peau flasque qui s’écroule

    se souvient

    de tout ce qui a été dévoré

    par les chiens au fil des années.

     

    Vieux, très vieux

    avec des mots tordus

    mort-murés

    dit des choses qui inquiètent

    oblige à regarder la mort

    exactement

    précisément notre mort

    qui se tient sur le seuil.

     

    Regardez-le

    un souffle

    et il s’envole

    dans la lumière ou l’obscurité

    on ne sait pas

    on ne saura jamais.

     

    Pleurez si vous voulez

    si vous pouvez

    larmes ou caresses

    ne changeront rien

    il y aura des soirs

    il y aura des matins

    anéantis

    engloutis.

     

    En rire

    encrer encrier

    écrire la nuit avenir

    ravalement de façade

    mais voir les oiseaux

    se fracasser sur nos vitres

    teintées d’inconscience

    abandonner les mots insignifiants

    jeter la parole

    sur des sentiers impraticables

    ici ou ailleurs

    quelque chose de noué

    dans la gorge

    langue étrangère

    noyée en mer des sarcasmes.

     

    Et aussi, aussi

    nous serons nus

    sans autre peau que la colère

    colère de passage

    attrape nigauds

    immense chagrin

    dans les yeux bleus

    d’un ciel sauvage.

     

    Mais surtout, surtout

    nous pourrons peut-être

    chanter dans les cimetières

    mariner entre les tombes

    en compagnie des particules

    entre jouissance et mélancolie

    partager la folie du vent

    sur nos épaules

    endormies

    en ouvrant les plis de nos rêves.

     

    Et encore, encore

    même si l’improbable est certain

    il sera toujours temps d’apprendre

    le sable et la vague

    la cicatrice et la plaie

    l’ombre et le feuillage

    la pluie et le sanglot

    la mort et l’horizon

     

    Et puis enfin, enfin

    une vieille femme dans la neige

    ses yeux comme deux lacs verts

    l’aube dans ses cheveux.

     

     

    "Nuages" de Django Reinhardt


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